Regards berbères
sur les printemps dits
"arabes" Conférence de Lounès Belkacem, invité à l'auditorium de la
médiathèque de Biarritz par l'association "Bakea Bai - Pour la paix en
Pays basque" présidée par Claire Noblia le Samedi 12
Novembre 2011Cliquez
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iLounès Belkacem et Claire Noblia.
Barbares.
Des barbares. C'est l'unique peuple à avoir conservé (bien malgré lui) cette
appellation désobligeante et méprisante dont les Romains avaient affublé tous
leurs voisins. Ils ne faisaient, en cela, que reprendre l'ancien terme grec
"barbaros", qui n'était pas péjoratif et désignait par cette onomatopée les
étrangers incapables de parler le grec et qui n'émettaient, à ce qu'il leur
semblait, que des balbutiements indistincts. Selon Lounès Belkacem, le peuple
berbère - qui se désigne lui-même par le terme "amazigh" (prononcer amazir, qui
signifie "homme libre") - n'a pourtant eu que le tort d'être trop pacifique,
trop accueillant et, s'il a parfois pris les armes, cela a toujours été pour se
défendre, et non pour attaquer et envahir d'autres territoires. "Ce sont
toujours les gagnants qui racontent l'histoire, les agresseurs, les
colonisateurs" constate-t-il. - Je me remémore des bribes de l'histoire
d'Al
Andalus où interviennent les Berbères. Il semblerait qu'en l'an
711, la conquête de la péninsule ibérique occupée par les Wisigoths ait été
entreprise d'abord par des troupes berbères, sous le commandement du général (*)
Tarîq ibn Ziyâd. Elles constituaient l'avant-garde de l'armée de Musa Ibn
Nosseyr qui gouvernait l'Afrique du Nord fraîchement arrachée par les Arabes à
l'Empire byzantin. Cette incursion s'inscrivait donc bien dans la continuité de
la diffusion (**) de l'islam initiée par les Arabes.
(*) L.B. "Non,
Ibn Ziyad n’était pas Arabe mais Berbère de confession musulmane, tout comme ses
soldats. Le problème est que pour les Européens, lorsque l’on est musulman (ou
que l’on a un nom à consonnance arabomusulmane), on est de facto Arabe. Et puis
les Arabes culpabilisent les Berbères musulmans en leur expliquant que s’ils
sont musulmans, ils doivent adopter la langue arabe qui est la « langue sacrée »
du Coran. Ceux qui refusent la suprématie de la langue arabe sont traités de
traîtres, d’anti-islam et violemment combattus. Les Berbères qui résistent et
admettent qu’ils peuvent être musulmans tout en restant Berbères conservent leur
identité et la défendent. Les autres se font assimiler."
(**) Les sources
historiques de la conquête de la péninsule ibérique sont très minces,
contradictoires, et elles ont été rédigées longtemps après les événements (IXe,
Xe s...). La relecture de ces textes conjuguée à des études
interdisciplinaires ont amené certains auteurs à reconsidérer la matérialité de
la conquête arabe et le mode de diffusion de l'islam (Ignacio Olagüe, professeur
à l'université de Madrid, dans son livre "Les Arabes n'ont jamais envahi
l'Espagne", Flammarion, 1969, et un groupe de jeunes historiens arabes de
Beyrouth diffusant leurs idées dans la revue Al Kudda el Jadida qui a paru à
Beyrouth jusqu'en 1976).
Le gouvernement français n'a pas agi différemment 1200 ans
plus tard. Lounès Belkacem le dit calmement, posément, mais on sent son amertume
et sa révolte. Contrairement à l'opinion communément partagée, ce n'est pas à
partir de 1960 que les "Arabes" (appellation française faussement générique qui
occulte l'importante composante berbère et le fait bondir) ont "découvert" la
France. Lors de la première guerre mondiale, son grand-père, qui ne parlait pas
français, avait déjà été enrôlé pour lutter aux côtés des Français. Il en avait
été de même à la guerre suivante pour son père qui avait dû, pour survivre,
accepter de manger "du cochon" (des sandwiches au jambon). En effet,
rappelle-t-il, le 5 juillet 1830, les Français ont pris possession d'Alger,
alors sous la domination ottomane, et dès 1834 ils ont créé en Algérie des
troupes de recrutement indigène, les spahis. - Photo : Danse berbère
impromptue après la conférence. -
Lounès
Belkacem rapporte avec fierté la difficulté de la France à conquérir la
Kabylie, cette région montagneuse à l'Est
d'Alger où il est né. Pour frapper les esprits, il lance la phrase-choc : la
France a mis 50 ans pour parcourir 50 kilomètres (qui séparent Alger de la
Kabylie) !En effet, dès
1830 les tribus kabyles (berbères) se mobilisent fortement et combattent sur
tous les fronts, d'Alger jusqu'à Constantine. Ce n'est qu'à partir de 1857 (27
ans après la prise d'Alger) que la Kabylie passera progressivement sous la
domination française malgré des soulèvements périodiques qui culminent en 1871
(41 ans après) avec la "révolte des Mokrani". Celle-ci avait débuté en janvier 1871 sous la forme d'une révolte de
spahis qui refusaient d'être envoyés sur le front de la métropole (alors en
guerre contre la Prusse et ses alliés allemands), estimant leur engagement
valable uniquement pour servir en Algérie. La répression se soldera par de
nombreuses arrestations, des spoliations et des déportations en
Nouvelle-Calédonie (c'est l'origine des "Kabyles du Pacifique"), en Guyane
française et en France continentale. La colonisation se traduira aussi par une
accélération de l'émigration vers d'autres régions du pays et vers l'étranger.
- Illustration : Lalla Fatma N'Soumer,
d'une famille maraboutique, prend en Kabylie la tête de la résistance à la
conquête française.
En 1914,
trois régiments de spahis algériens sont engagés dans la pacification du Maroc
quand la guerre éclate. Au cours de la Première Guerre mondiale, pour aider à
résoudre la crise des effectifs, la présence des unités d’outre-mer, d'Afrique
du Nord et d'Afrique noire sera renforcée au sein de l'armée française, sans
révolte cette fois de la part des Kabyles qui gardent en mémoire les événements
de 1871. Au total, la France incorporera 600 000 "indigènes" (plus 200 000
travailleurs) sur les 8,5 millions d'hommes mobilisés dans ce conflit.
En plus de
sa nationalité algérienne, Lounès Belkacem possède la nationalité française,
mais il en veut à la France d'occulter totalement cette contribution des peuples
colonisés dans l'enseignement que reçoivent ses propres enfants
(à l'égale de tous les écoliers français) à Grenoble où il travaille comme
professeur d'économie à l'université. Le 11 novembre, on ne parle pas de son
grand-père. On n'a jamais dit non plus à ses enfants qu'il y a des populations
en France qui ne parlent pas que français. Par exemple à Grenoble, si l'on
évoque les Basques, c'est uniquement pour parler d'ETA. "On n'a pas le droit de
mentir ainsi" proteste-t-il de toute sa fibre amazigh.
Lounès Belkacemest un homme
doublement engagé. Pratiquant sa langue maternelle (amazigh - berbère)
parallèlement au français qu'il possède parfaitement, il défend la cause berbère
au sein d'une ONG (organisation non gouvernementale), le congrès mondial amazigh, créé en 1995 et
qu'il a présidé de 2002 à 2011. Celui-ci regroupe des associations socioculturelles et
de développement amazighes (berbères), aussi bien de Tamazgha (Afrique du Nord)
que de la diaspora. - Il fait remarquer qu'il demeure encore outremer des
descendants des berbères exilés durant la colonisation française -. Son objectif
principal est la défense et la promotion des droits et des intérêts politiques,
économiques, sociaux, culturels et linguistiques du peuple amazigh. En outre,
depuis 2010, il représente le parti
"Régions et peuples solidaires", allié à "Europe Écologie - Les Verts"
au conseil régionaloù il a pour
mission de promouvoir la diversité culturelle en région Rhône
Alpes. - Il précise :
"RPS fédère en France les régions et les peuples qui n'ont
pas que le français comme langue maternelle" -. Il remarque en passant qu'il a
été invité plusieurs
fois au Pays basque "Sud", mais que
c'est la première fois qu'il est convié au "Nord" (de la frontière
franco-espagnole). Il apprécie Internet qui facilite les communications
et coûte moins cher que le déplacement physique des personnes, d'autant qu'il
est difficile de venir en France et en Europe pour un Nord-Africain. Mais cet
outil ne remplace pas le contact personnel, et il pense qu'il est indispensable
d'aller à la rencontre des gens. -
Photo : Femme berbère de la tribu des Aït Atta. -
Il trouve
qu'on ne parle pas des Berbères en France (ou très peu). Pourtant, ils
constituent la moitié des Nord-Africains présents sur le territoire. Le
conférencier affirme que les Berbères sont le peuple autochtone d'Afrique du
Nord, qu'ils étaient là avant tous les autres et que les études anthropologiques montrent qu'ils ne sont
pas venus d'ailleurs. - Sur le site en lien, l'historien Bernard Lugan est plus
nuancé, mais confirme bien que les Berbères sont arrivés un peu avant le
néolithique, il y a 9000 ans, repoussant et/ou intégrant parmi eux leurs
prédécesseurs vivant en Afrique du Nord -. Leur territoire (Tamazgha) va
de l'Ouest de l'Egypte aux Iles Canaries (dont les premiers habitants, les
Guanches, étaient, selon Lounès Belkacem, berbères), et de la Méditerranée au
fleuve Niger. Pour illustrer sur le mode anecdotique une des spécificités berbères
par rapport aux Arabes, il fait remarquer que chez les Touaregs, ce sont les
hommes qui sont voilés (les hommes bleus), et non les femmes. Il montre un
village troglodyte (berbère) en Tunisie, et souligne que c'est la meilleure
solution pour une bonne climatisation. Les seuls bâtiments construits à
l'extérieur appartiennent à l'administration. Il assure que les Berbères ont
tous les attributs d'un peuple : un territoire, une culture, une langue, une
histoire commune, un idéal commun. - Carte : Tamazgha. - Photo : Maison
troglodyte de Matmata : habitation creusée en puits afin d'échapper à la chaleur
écrasante de l'été et au froid glacial de l'hiver. -
Le
préhistorien Gabriel Camps (*) n'est pas aussi radical : « En
fait, il n'y a aujourd'hui ni une langue berbère, dans le sens où celle-ci
serait le reflet d'une communauté ayant conscience de son unité, ni un peuple
berbère et encore moins une race berbère […] et cependant les Berbères existent
» (Les Berbères, mémoire et identité, Paris, 1987)." Les Berbères ne diffèrent
pas du reste de l'humanité. Leur histoire est émaillée d'épisodes de guerres
intestines et de luttes pour le pouvoir. Lounès Belkacem passe sous silence les
dissensions (**) au sein même du Congrès mondial amazigh : Rachid Raha,
binational maroco-espagnol, président du CMA en 1999-2002 et vice-président en
2002-2008, remet en cause la légitimité de la présidence (jusqu'en 2011) de
Lounès Belkacem, binational algéro-français. - Illustration : Alphabet
(Tifinagh). -
(*) L.B. "Oui,
je suis d’accord avec G. Camps lorsqu’il dit qu’il n’y a pas de race Berbère.
Mais il se trompe lorsqu’il écrit (en 1987) « il n'y a aujourd'hui ni une langue
berbère, dans le sens où celle-ci serait le reflet d'une communauté ayant
conscience de son unité, ni un peuple berbère ». La réalité est toute autre : Il
y a une véritable langue amazighe, parlée par tous les Amazighs avec des
variantes locales et un peuple avec la conscience de son passé, de son unité et
de son destin. Si ce n’était pas le cas, on n’aurait pas pu créer le Congrès
Mondial Amazigh ni avoir un drapeau qui fait la fierté de tous les Amazighs de
Siwa aux Canaries."
(**) L.B. "Il
faut se méfier de tout ce qui est publié sur internet ! Et si ne n'ai pas parlé
de ce sujet, ce n'est pas par volonté de l'éviter mais parce qu'il n'avait pas
de lien avec le thème de la conférence. Pour information, je précise qu'il n’y a
pas de limitation des mandats pour le président ou pour n'importe quel poste
dans les statuts du CMA, il n’y a jamais eu de congrès du CMA à Tizi-Ouzou et
par conséquent il n’y a pas deux CMA. En revanche, il y a une
instrumentalisation de certaines personnes (dont Raha) par les pouvoirs algérien
et marocain pour déstabiliser le CMA et en particulier son président Belkacem
Lounes (2002-2011) car celui-ci a fait du CMA une ONG efficace au niveau
international et qui ne fait aucune concession aux Etats."
A
l'heure actuelle, les gouvernants des différents pays d'Afrique du Nord refusent
de reconnaître que les Berbères sont des autochtones, ce qui impliquerait que
les autres habitants ne le soient pas : les Romains, les Vandales, les Arabes,
les Espagnols... avaient tous un pays d'origine (l'Arabie, à l'Est de l'Egypte,
pour les Arabes). Les Imazighen (pluriel de Amazigh) sont chez eux et demandent
au minimum le respect : les pays d'Afrique du Nord ne sont ni exclusivement
arabes, ni exclusivement musulmans. Les Imazighen sont prêts à combattre pour
faire entendre et accepter ce message. Leur mode de vie est différent, leur
conception de la vie est différente. Il y a eu des élections en Tunisie et c'est
Ennahda, le parti islamiste, dirigé par Rached Ghannouchi, qui a obtenu près de
la moitié des sièges le 27 octobre 2011 à Tunis. Lounès Belkacem n'accepte pas
un modèle de société basé sur une religion. Les règles de fonctionnement de la
société doivent respecter les identités et non les réprimer ou les nier. Elles
ne doivent pas porter atteinte aux libertés. - Photo : Tunisie, Douiret, gîte
dans un vieux village berbère. -
C'est
dans les années 1970 que l'Académie berbère (Agraw Imazighen) présente le
premier drapeau
berbère. En 1998, les premières assises du Congrès mondial
amazigh l'officialise à Tafira (Las Palmas de Gran Canaria), dans les Îles
Canaries. Il est composé de trois bandes horizontales de même largeur (bleu,
vert, jaune) et de la lettre Z (aza en tifinagh) en rouge. Chaque couleur
renvoie à un élément du Tamazgha, territoire où vivent les Berbères
(correspondant au nord de l'Afrique) : le bleu représente la mer Méditerranée et
l'océan Atlantique ; le vert représente la nature et les montagnes verdoyantes ;
le jaune représente le sable du désert (Sahara en arabe, Tiniri en berbère).
La lettre Z
de l'alphabet tifinagh (le aza ou yaz) représente l'homme libre — amazigh —, nom
que se donnent les Berbères. Il est ici en rouge, couleur de la vie, mais aussi
couleur de la résistance. Lounès Belkacem voit aussi dans ce signe les maillons
brisés d'une chaîne. Le drapeau berbère symbolise donc le peuple amazigh, dans
sa globalité, vivant en harmonie avec sa terre, Tamazgha. C'est un signe
universel, ni religieux, ni ethnique, ni racial. - Illustrations : Drapeau berbère - Tatouages de femme
berbère. -
Lounès Belkacem
refuse les frontières des pays d'Afrique du Nord qui ont été imposées par les
colonisateurs successifs. Il demande la libre circulation dans cette zone. Il
veut que la diversité soit reconnue sur Tamazgha, soit toute l'ancienne aire de
répartition des Berbères qui n'occupent plus que des îlots et des surfaces
rétrécies du territoire : les Berbères ont d'autres valeurs que la religion pour
s'unir. De même, l'aire linguistique se réduit. Pendant les vagues d'invasion
successives, les Berbères ont été repoussés dans les régions pauvres
montagneuses et/ou désertiques. De ce fait, les problèmes sociaux s'ajoutent à
leur marginalisation économique. Les conditions de vie sont dures, ce qui force
les Berbères à s'endurcir. Ils quittent le territoire et émigrent, soit à Alger
(où vit la moitié des Kabyles), soit en France. Ils sont appréciés de leurs
employeurs car ils travaillent dur. Il en est de même dans les administrations
algériennes où ils sont très efficaces. Le problème, c'est qu'ils savent réussir
individuellement, mais pas collectivement. Ils ont du mal à résister à cause de
leur sens de l'hospitalité (chez eux, ils offrent la meilleure chambre, celle du
couple) et de leur sentiment d'infériorité. L'occupant se trouve tellement bien
qu'il reste et chasse les Berbères.
Il évoque la
figure emblématique de l'aguellid Massinissa, fils de Gaïa, chef du petit royaume
des Massyles, qui, profitant en l'an 203 avant J.C. des guerres puniques entre
Romains et Carthaginois, s'allie à l'Empereur romain Scipion l'Africain, pour
occuper le royaume des Masaesyles, gouverné par l'aguellid Syphax, allié de
Carthage, et faire une entrée foudroyante à Cirta. Il devient ensuite le maître
de tous les territoires compris entre la Maurétanie et la province punique (de
la Moulouya au Maroc à la Tusca près de Tabarka en Tunisie). Jamais, sauf
peut-être au temps du triomphe des Sanhadja
Zirides (973-1127), le Maghreb ne fut plus près de réaliser
l'ébauche d'une nation berbère. D'après Tite Live, Massinissa proclamait que
l'Afrique devait appartenir aux Africains. Cet exemple est révélateur de la
mentalité berbère : les chefs de deux communautés berbères rivales s'allient à
des puissances colonisatrices opposées pour obtenir la suprématie. En réalité,
la victoire finale ne sera pas berbère, mais romaine. - Les Celtes auront un
sort similaire, en Gaule, les Romains s'alliant avec certaines tribus pour
combattre les autres, et provoquant la défaite de Vercingétorix -.
- Illustration : L'aguellid Massinissa.
-
Lounès Belkacem nous montre l'écriture originale Tifinagh, très
ancienne, et souligne le courage du maire d'Isser, son village d'origine, qui a
fait dresser des panneaux signalétiques trilingues arabe, amazigh et français.
Au Maroc, il est désormais possible de suivre des cours en langue amazigh, et
théoriquement également en Algérie, mais c'est plus difficile. Le conférencier se remémore son voyage en Egypte, au cours duquel il
a constaté que c'était dans une oasis berbère près de la frontière lybienne que
l'on proposait toutes les variétés de couscous, et non dans la ville du Caire.
On y trouvait aussi des couscoussiers dont les décorations peintes étaient
identiques à celles qu'arborent sur leur front les femmes berbères. Il lui
paraît donc évident que le couscous est un plat traditionnel amazigh - et non
arabe -. Il en déduit lucidement : "Les Arabes ne prennent pas que notre
pétrole, mais ils s'approprient aussi notre culture." - Photos : Anciens écrits
tifinaghs, site des gravures rupestres d'Intédeni près d'Essouk au Mali. Panneau
trilingue du village d'Isser. -
Il proteste
contre la marginalisation politique des Amazigh. Il évoque la figure de Mohamed
ben Abdelkrim El Khattabi. Né vers 1882 à Ajdir au
Maroc, mort en 1963 au Caire en Égypte, il était un résistant marocain du Rif,
région amazighe du nord-est du Maroc. Vainqueur
de l'occupant espagnol, Abdelkrim proclame en 1922 la création de la République
confédérée des Tribus du Rif, un embryon d'État berbère. Cette république a un
impact crucial sur l'opinion internationale, car c'est la première république
issue d'une guerre de décolonisation au XXe siècle. En 1924, l'Espagne retire ses troupes dans ses possessions le long de
la côte marocaine. La France entre à son tour dans le conflit et Abdelkrim finit
par se rendre. En 1926, des avions munis de gaz moutarde bombardent des villages
entiers, faisant des Marocains du Rif les premiers civils gazés massivement dans
l'Histoire, à côté des Kurdes irakiens gazés par les Britanniques. Après 20 ans
d'exil à l'île de la Réunion, il a l'autorisation de prendre le bateau et s'en
échappe à Suez pour trouver refuge en Egypte.
Il y fondera
le "Comité de libération pour le Maghreb arabe" en 1947 pour coordonner à partir
du Caire la décolonisation du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie. La situation
du Rif ne sera pas meilleure après l'indépendance. En 1958, 30 000 soldats
marocains, avec à leur tête le futur Hassan II, alors chef d'état-major des
Forces armées, répriment un soulèvement au Rif (près de 3 000 morts). La région
se retrouvera de fait exclue de la vie politique marocaine durant tout le règne
de Hassan II. Un second soulèvement se produit dans la région en 1984. Toujours
dans la ligne de mire du pouvoir marocain, le Rif sera volontairement appauvri,
selon Lounès Belkacem, l'argent envoyé par la population émigrée en Europe sera
détourné et financera des investissements sur la façade atlantique. Il ajoute
qu'en 2004, des aides internationales envoyées au Rif après le tremblement de
terre d'Al Hoceima n'arriveront pas à destination : des maisons demeurent encore
en ruines. En 2011, le Rif subit une fois de plus une importante répression
policière lors de manifestations pour la démocratie. - Photo : Manifestation
amazigh Kateb à Alger le 12 février 2011. -
D'autres
manifestations pacifiques auront lieu à Rabat, dans le Sud-Est marocain, à
Barcelone, en Kabylie où se réunissent 10 à 20 000 personnes. Au printemps 2001,
il y a un soulèvement en Kabylie contre l'Etat algérien qui envoie l'armée.
Résultat, 127 personnes tuées et 5000 autres blessées, dont plusieurs dizaines
resteront handicapées à vie. Il débute par une provocation : un jeune homme est
assassiné dans une gendarmerie. Il y a aussi d'autres événements, mais c'est la
goutte d'eau qui fait déborder le vase car le terrain est favorable à la
révolte. Durant deux ans, les gendarmes et l'armée seront indésirables dans
cette région autogérée par une organisation citoyenne. Le 14 juin 2001, le
mouvement citoyen des Aarchs de Kabylie organise une marche historique à Alger
qui rassemble près de deux millions de personnes, venues accompagner une
délégation devant remettre au chef de l'Etat algérien la plate-forme d'El-Kseur,
contenant les revendications politiques, socioéconomiques et identitaires. Le
gouvernement fait passer le message "Les Kabyles viennent détruire Alger,
défendez-vous". Des prisonniers de droit commun sont envoyés pour les
attaquer. Ce jour-là, trois personnes sont tuées et plusieurs dizaines blessées.
Les Kabyles ne peuvent aller très loin car la manifestation est vite récupérée.
L'interdiction de manifester qui en résulte leur sera plus tard reprochée. Ils
refusent l'assimilation forcée. Ils ne comprennent pas pourquoi les devantures
de magasins sont en écriture arabe alors que la langue berbère est parlée
quotidiennement. En réaction, ils subissent de nouvelles violences policières en
2008. Un jeune homme prône le retour au droit amazigh d'avant l'islam et se
retrouve enfermé en prison. Le conférencier montre des photos de la répression
en Kabylie avec l'usage de bombes lacrymogènes : on pourrait croire qu'elles ont
été prises à Gaza, commente-t-il. - Photo : A Tripoli, les Berbères réclament
leur place dans la Libye nouvelle (Le Monde, 29 septembre 2011).
La situation est identique en Lybie. Trois militants berbères lybiens se sont
rendus à une conférence au Maroc. En représailles, leurs maisons ont été
détruites et taggées "Mort aux traîtres". Les Touaregs ont été enrôlés par
l'Etat lybien pour combattre au Tchad, au Mali... Avec les armes qu'ils ont
ainsi appris à manier et qu'ils ont conservées, les Touaregs du Mali et du Niger réclament le
respect de leurs droits. Ils pensent que c'est le seul moyen d'être entendu et
que l'information soit diffusée dans les médias. Dans leur sol, il y a le gaz,
le pétrole, l'uranium : ils demandent désormais une part de leurs richesses. Ils
sont traités d'alliés d'Al-Qaida et sont combattus par
les Etats. Lounès Belkacem montre la photo d'une femme "courage" qui attaque un
policier de façon dérisoire avec son sac cabas (vide) pour faire les courses.
Les Berbères effectuent des revendications auprès du monde entier par
l'intermédiaire des associations et des ONG pour lutter contre les Etats qui les
oppriment. Ils nouent des solidarités avec des Kurdes, des Flamands, des
Basques, des Corses... - Photo : Ibrahim Ag Bahanga, ex-chef
rebelle touareg malien, a été accueilli "pour raisons humanitaires" en Libye,
qui prévoit en échange de son entremise pour la paix d'aider à développer le
nord du Mali. -
En 1997 ont eu lieu les premières assises du Congrès
Mondial Amazigh aux Canaries qui lui ont donné un pouvoir international.
Une convention d'échanges commerciaux a
été conclue en 2005 entre Tizi-Wezzu en Kabylie et le Nador (Rif, Maroc). Trois
drapeaux étaient suspendus à la table des signataires, présidents des chambres
de commerce et d'artisanat respectives : l'Algérien, l'Amazigh et le Marocain.
La présence du drapeau amazigh a coûté son poste au directeur
algérien. En 2006, l'Unesco-Catalunya
et le CMA signent une convention pour la promotion de la langue et de la culture
amazighes en Catalogne et au niveau international. La même année, une forte
délégation des Nations Unies, avec notamment Erica-Irene A. Daes (Rapporteur
Spécial des Nations Unies pour les droits des Peuples Autochtones), est venue
assister à la conférence internationale sur la problématique de la terre et des
ressources naturelles en Tamazgha organisée par le Congrès Mondial Amazigh, en
collaboration avec l'association Ighboula de M'rirt. La conférence abordait plus
précisément le thème du "droit
à la terre, facteur de paix et de développement durable", et
réunissaitquelque 400
participants venus des Canaries, de la Libye (Nefussa) et des différentes
régions du Maroc (Rif, Atlas, Souss, Tamesna, Sais, Zemmour, Demnat,
Marrakech…).
Pour en venir au sujet de sa propre conférence, Lounès
Belkacem conteste l'existence d'un printemps "arabe". En Lybie, ce sont les
Berbères qui ont pris les armes les premiers contre Khadafi car il n'était que
pour les Arabes. Tripoli est à 100 km du territoire berbère. La révolution n'a
rien d'exclusivement arabe. Il en est de même en Tunisie, en Algérie, au Maroc.
Comme les Berbères sont les plus réprimés et que c'est leur existence qui est la
plus niée, ils sont toujours les opposants des régimes en place. Les Français (et plus généralement l'Europe) n'utilisent
que le mot "arabe" pour parler des habitants du Maghreb, une uniformisation qui
est faite sciemment, car cela les arrange : ils ont des intérêts économiques au
Maghreb et se méfient des Berbères. En tant que président du Congrès Mondial
Amazigh, dont le siège est à Paris, Lounès Belkacem a fait appel au président
français, Nicolas Sarkozy, qui a fait la sourde oreille. Il fait le parallèle
avec le régionalisme français. Que ce soit par des combats armés ou des
manifestations pacifiques, leur revendication est identique, celle d'instaurer
un pays où il fait bon vivre, où l'on est tranquille. Il refuse la logique de la
domination et préfère promouvoir la cohabitation. - Photo : Izuran - Pas de Libye sans
Tamazight! – Rassemblement de solidarité avec les Berbères de Libye à Paris. -
Comme
tous les autres peuples dans le monde, les Berbères ont eu d'abord comme
religion le paganisme, l'animisme. Puis, après les persécutions, ils ont eu la
religion juive et lisaient des textes hébraïques en
langue berbère. Le christianisme est arrivé avec les Romains (Saint
Augustin était d'origine berbère), puis il est revenu avec les Espagnols et les
Français. En dernier lieu est arrivé l'islam qui, pour les Berbères, était une
religion parmi d'autres. Les Berbères ont effectué le synchrétisme de leurs
pratiques religieuses avec la religion dominante du moment. Actuellement, il y a
toujours une certaine tolérance pour eux, soit qu'ils aient une autre religion,
soit qu'ils n'en aient pas. Lounès Belkacem donne l'exemple de sa propre famille
où certains membres font le Ramadan et d'autres pas. C'est une "question
personnelle". Sa mère pratique au quotidien la laïcité. En ce qui la concerne,
elle pratique le Ramadan et elle a effectué le pèlerinage à la Mecque, mais elle
n'impose pas sa religion musulmane à ses proches. Lorsqu'elle dit à son fils
qu'elle ira "automatiquement" au Paradis, mais qu'il n'en sera pas de même pour
lui, il lui rétorque que faire la prière et aller à la Mecque ne seront pas les
seuls critères ni les plus importants pour gagner le paradis. Une discussion
pareille est parfaitement impossible avec les nouveaux intégristes.
- Photo : Famille juive devant la porte de
sa maison du mellah d'Illigh, Anti-Atlas, 1953. -
Lounès Belkacem demande donc la séparation de l'église et de l'état,
et que cette mention figure dans les nouvelles constitutions. La culture berbère
est naturellement laïque, alors que les occidentaux se croient les inventeurs de
la laïcité. Les Berbères sont les seuls à avoir dénoncé la charia (traduit très
approximativement par l'expression "loi islamique"). La France a aidé la Lybie à
se libérer de la dictature de Khadafi, et maintenant, elle serait prête à
laisser s'instaurer une nouvelle dictature religieuse ? La polygamie pourrait
être inscrite dans la loi ? Les Berbères préfèrent à l'heure actuelle conserver
leurs armes car ils risquent de connaître une situation pire que sous Khadafi.
Voyant qu'il n'obtient aucun recours de l'Etat français et des autres Etats
occidentaux, Lounès Belkacem nous dit qu'il vaut mieux communiquer directement
avec les gens. Les peuples doivent se saisir de ces décisions, il ne faut pas
laisser les Etats décider pour eux : "Il faut imposer nos valeurs, par
nous-mêmes, personnellement." - Photo : Intervention du CMA à l'ONU.
-
La solution
serait-elle de préconiser des structures fédérales pour faire respecter les
droits des minorités ? Il pense que oui, que c'est leur seule chance de survie.
Ils ont fait l'expérience d'Etats centralisés jacobins et n'ont jamais obtenu le
droit à la diversité. Ils ont toujours été en butte à la répression. S'il y avait une avancée, elle était mise en oeuvre par des gens qui
étaient contre, et donc elle était toujours provisoire. Le problème, c'est
comment déterminer leur territoire puisqu'ils sont partout chez eux. Sa fonction
au sein du Conseil régional lui permet d'expérimenter la difficulté de faire
reconnaître les langues autochtones en France et il constate qu'en France, il
est très difficile aussi de faire admettre la diversité. De ce point de vue, il
trouve que la France est le pays le moins démocratique d'Europe. En effet,
d'autres pays européens fonctionnent différemment, en fédération, comme en
Suisse par exemple. Pour résoudre le problème berbère, il penche pour
l'instauration d'un Etat fédéral car sinon les Berbères seront toujours en
minorité dans le fonctionnement démocratique. - Photo : Maroc - Véolia sur la sellette.
-
Faut-il poser le problème à l'ONU ? C'est une question de rapports de
force. Les Berbères n'ont pas d'Etat ami pour poser la question au Conseil de
Sécurité. Or, il faut être un Etat pour obtenir l'aide de l'ONU. D'importants
intérêts économiques sont en jeu : le sous-sol du Sud algérien est exploité par
des sociétés multinationales européennes, et ces zones ont été
transformées en zones militaires, de même que dans d'autres régions du Maghreb
(Véolia, Areva...). Les gens qui vivaient dans ces
zones ont été repoussés plus loin et continuent de vivre dans le plus grand
dénuement. Parfois ils reçoivent des aides humanitaires de la part des Etats
et/ou des multinationales qui exploitent et pillent les richesses de leur
sous-sol. - Photo : Alors qu'Areva s'assure la place
de leader mondial de la production d'énergie nucléaire grâce à l'uranium du
Niger, ce pays est actuellement le moins électrisé de la planète.
-
Extrait de l'article "Sonatrach investit à
grand pas au Niger" du quotidien "Le Temps d'Algérie" (21 novembre 2011) :
"...Le
ministre algérien a souligné en outre que les pays du champ du Sahel (Algérie,
Niger, Mali et Mauritanie) vont soumettre à leurs partenaires de l'Union
européenne un ensemble de projets de dépeuplement portant notamment sur les
infrastructures routières et ce, lors de la réunion prévue à Bruxelles le 8
décembre. M. Messahel ne manquera pas de souligner en outre que la région du
Sahel est aussi interpellée par des menaces terroristes, mais aussi par des
défis liés à la pauvreté en général et au rush massif des populations venant de
Libye. Tout en rappelant la réunion des chefs d'état-major des armées des
pays du Sahel prévue hier dans la capitale malienne, il conclut que ces
dernières semaines ont été marquées par une activité intense des mécanismes mis
en place pour la lutte antiterroriste ainsi que pour le développement de la
région." - Photo : Mine d'uranium du Niger exploitée
par Aréva. -
Extrait de l'article "Mines d'uranium au
Niger: Un scandale nommé COGEMA" :
... Si les
mines d'uranium en Afrique ou ailleurs sont la propriété de COGEMA alors
l'uranium produit est français... La main d'oeuvre, presque exclusivement des
nomades Touaregs, reste totalement ignorante des effets de l'exploitation
minière. La détection des radiations et les contrôles sanitaires sont
inexistants (article publié en 1982)... Les mineurs remontent des galeries en
fin de journée recouverts de poussière radioactive de la tête aux pieds...
L'uranium du Niger est non seulement indispensable au programme électronucléaire
massif de la France mais aussi à sa production
d'armement...
Extrait de l'article "Sarkozy veut
«sécuriser» l'uranium du Niger" (Le Figaro) :
"La route de l'uranium est ouverte. Le 5 janvier 2009,
Areva obtenait du Niger le droit d'exploiter la mine géante d'Imouraren, non
loin d'Arlit. Un accord négocié durant des mois qui a rendu possible la courte
étape de quatre heures que Nicolas Sarkozy a effectuée hier dans ce pays
sahélien, l'un des plus pauvres de la planète, mais aussi le deuxième producteur
d'uranium au monde derrière le Canada. Dans l'entourage du chef de
l'État, on ne cachait pas que cette « visite découle du contrat » signé de haute
lutte avec Niamey par le numéro un mondial du nucléaire, au nez et à la barbe de
la Chine. À partir de 2012, grâce à un investissement initial de 1,2 milliard
d'euros, Imouraren devrait permettre d'extraire 5 000 tonnes d'uranium pendant
35 ans. Une manne indispensable pour les centrales nucléaires françaises dont la
moitié des approvisionnements en uranium viendront alors du Niger (contre un
tiers aujourd'hui)... L'extraction de l'uranium s'effectue toutefois dans un
contexte sécuritaire particulièrement tendu. La guérilla touareg, qui a repris
les armes en 2007, réclame une répartition plus juste des revenus du secteur
minier. Elle opère dans la région de production d'Areva qui a été la cible de
plusieurs attaques. Cible judiciaire également, le groupe français est
régulièrement poursuivi en justice par des associations touareg et des ONG qui
l'accusent d'atteintes à l'environnement et aux conditions de vie des
populations locales. Les Occidentaux redoutent également une jonction entre la
rébellion touareg et les islamistes d'al-Qaida au Maghreb, très actifs dans la
région. Ces liens ne sont jusqu'à présent pas avérés, hormis via des
trafics...". - Photo : La chute du
régime Khadafi libère la course à l'or noir. -
Malgré ce contexte, les Berbères ont du mal à recréer une
conscience collective (les jeunes oui, mais pas les vieux, selon Lounès
Belkacem). La religion musulmane est un élément de cette domination, mais
l'évolution est rapide et la question amazigh est devenue une donne
incontournable. La langue amazigh est désormais imposée dans la constitution du
Maroc (on en est loin en France, commente-t-il). Il prévoit que les Berbères seront de plus en plus
combattus par les islamistes, car ils défendent la laïcité. Cette revendication
berbère de la laïcité et de la démocratie devrait intéresser tous les peuples
autour de la Méditerranée. Parmi les Nord-Africains, une infime minorité est
véritablement arabe, la majorité est issue du métissage avec les Berbères, ils
sont bilingues berbère et arabe. En Lybie, le préambule de la constitution
affirme "nous sommes arabes et musulmans" et occulte la diversité. De même, en
Tunisie, où il y a eu des élections récemment, pourquoi ne pas dire que la
population est tunisienne, nord-africaine ? Lors des conférences et débats qui
ont précédé les élections, les partis qui affirmaient leur accord pour
reconnaître les Berbères n'étaient pas encore au pouvoir et ils n'ont pas été
élus.
Les sociétés civiles au Nord (de la Méditerranée) doivent surveiller
qu'il n'y ait pas un recul des libertés. Les islamistes ont le projet, écrit,
d'instaurer la Charia, la loi coranique. C'est un vrai problème : les arabisés,
islamisés, sont plus nombreux que les Arabes musulmans véritables. Les
islamistes souhaitent changer une identité par une autre. Arabiser, c'est aussi
violent que tuer. Avant, l'arabe se pratiquait dans un rayon de 30 km autour de
Rabat. Maintenant, il est de 50 km. En France aussi il y a un travail
d'islamisation et un prosélitisme plus intense encore qu'en Afrique du Nord. La
France recule car elle a peur. Lounès Belkacem rapporte que lors d'un mariage à
la mairie d'un village de Rhône-Alpes, une conseillère municipale (musulmane)
représentant le maire a demandé à la future mariée d'ôter son voile, ce qui fit
scandale. Elle s'est fait vilipender alors qu'elle ne faisait que faire
respecter la loi française. Qui plus est, ce n'est pas contraire à l'islam
d'ôter le voile. - Carte : IFOP 2009 : Répartition des
musulmans en France. -
A la fin de sa conférence, une question est posée sur le
statut de la femme berbère. Lounès Belkacem répond que les Berbères ne sont pas
parfaits, et qu'en outre, ils n'ont jamais vécu librement leur culture. Ce qu'il
peut dire, c'est qu'avant la colonisation, ils s'étaient dotées de reines et de
commandantes des armées. Au VIIe siècle, une reine a fait front à l'invasion
arabe. Dans les luttes actuelles, il y a l'égalité hommes-femmes. Le recul du
statut de la femme berbère est dû à l'influence de l'islam. Dans la loi
musulmane, la signature d'un homme équivaut à celle de quatre femmes. Il a voulu
la braver et il a choisi deux femmes pour signer un document en Algérie. On lui
a dit que ce n'était pas suffisant et qu'il devait revenir avec d'autres
personnes.
Une auditrice lui demande ce qu'il pense du film La source
des femmes. Elle trouve scandaleux qu'il ait été tourné en langue arabe alors
que toute l'action se déroule dans un village berbère marocain de l'Atlas bien
identifié. Tout est berbère dans le film, y compris les vêtements, danses et
chants traditionnels. Le réalisateur aurait dit à Cannes (?) qu'il défendait la
culture arabe. Lounès Belkacem se demande si cela vaut le coup de déposer une
plainte à ce sujet. En effet, les Berbères représentent 50% de la population du
Maroc, 10% en Tunisie, 1/3 en Algérie et 20% en Lybie. Au Mali et au Niger, il
dit que les populations Berbères Touaregs occupent les territoires du nord et
nord (Air, Azawad). - Photo : Les kasbahs berbères contrôlaient les oasis et
leurs voies d'accès. -
Pour conclure provisoirement sur ce sujet, je dois dire que la
découverte de cette souffrance des Berbères luttant contre l'acculturation
orchestrée par les colonisateurs successifs de l'Afrique du Nord m'a beaucoup
touchée. Cela semble incroyable qu'au bout de tout ce temps leur identité
demeure et qu'ils gardent la force de vouloir la défendre et la conserver, alors
qu'il s'est certainement produit maints métissages, autant physiques que
culturels, tout particulièrement avec les Arabes présents sur leur territoire
depuis le VIIe ou le VIIIe siècle, et ensuite avec les Français - et un peu les
Espagnols - depuis près de deux siècles. C'est sans doute un sentiment du même
genre qui pousse les cultures françaises dites "régionales" à se maintenir bien
plus que sous l'aspect "folklorique" où l'Etat français voudrait les cantonner,
et je donne raison à Lounès Belkacem de faire le parallèle avec les Corses, les
Basques ou les Bretons.
En tant que Française et Européenne, je me sens cependant en
porte-à-faux, face à son appel au secours, car c'est mon mode de vie même qui
influe directement sur l'oppression que subissent les Berbères. Lounès Belkacem
doit aussi se sentir divisé, puisqu'il est à la fois berbère, algérien et
français. Les Berbères ont été repoussés dans les régions les plus déshéritées
et hostiles. Elles sont devenues pourtant l'objet des convoitises exacerbées des
"grandes" puissances en raison des ressources naturelles qui ont été découvertes
dans le sous-sol. La présence de ces peuplades rebelles est devenue gênante, et
leur intégration (donc leur acculturation) d'autant plus urgente, afin qu'elles
vident les lieux pour laisser le champ libre à l'exploitation industrielle
financée par les multinationales. - Illustration : Mosquée Ketchaoua,
reconstruite en 1794 sous le gouvernement de Hassan Pacha. Ici après sa
conversion en cathédrale par la France. 1899. -
Le seul
fait d'utiliser l'électricité produite par les centrales nucléaires ou les
centrales thermiques fonctionnant au pétrole, de consommer du gaz pour me
chauffer ou cuire mes aliments, de me déplacer dans une voiture fonctionnant à
l'essence, d'acheter des produits de consommation transportés en camion, bateau
ou avion jusqu'aux commerces locaux, d'utiliser des plastiques ou autres dérivés
du pétrole, d'emprunter des routes bitumées, et j'en passe, me rend
indissociablement solidaire du sort alloué aux possesseurs de ces ressources
naturelles que j'utilise. Et je ne parle pas de tous les autres produits dont nous profitons
également, le phosphate marocain, les fruits et légumes, et enfin, depuis
quelques dizaines d'années, le soleil, les paysages et le cadre de vie
qu'apprécient les (trop) nombreux touristes et de nouveaux immigrants qui
enchérissent par leurs investissements le coût de l'immobilier dans le centre
des villes marocaines ou tunisiennes. De ce fait, je souscris totalement à son
désir de vouloir contacter les gens directement, bien que je sois plus réservée
sur le succès de son entreprise. - Photos : Montagnes enneigées de
Kabylie. - L'Algérie détient les plus grandes réserves mondiales de corail
rouge, dont la pêche est réglementée. -
Les échanges
internationaux ne sont pas mauvais en eux-mêmes. Le problème, c'est que le prix
de ces transactions est déterminé par des rapports de force, ce sont les plus
puissants qui imposent leurs conditions aux pays du Maghreb (et plus
généralement en Afrique et dans le Tiers Monde) et ce ne sont pas les entrées en
lisse de la Chine et de l'Inde qui changeront quelque chose à la donne. Alors,
que faut-il faire ? Devons-nous baisser les bras devant ce destin jugé
inéluctable ?
Aldjia
" N'oublions pas les valeurs ancestrales"
Elle chante et
donne du bonheur à un nombreux public depuis le début des années 1980. Aldjia a
une voix et des textes qui bercent, qui font voyager. Cette grande dame de la
chanson kabyle vit à Paris depuis de longues années. Elle nous dit, ici, son
amour de l’Algérie, de la Kabylie ; elle nous fait part également de ses projets
artistiques.
Comment êtes-vous venue à la chanson ?
Aldjia : J'ai toujours voulu
chanter depuis que j'étais petite ; en Kabylie, à Ait Douala, j'allais avec ma
mère et d'autres femmes à la fontaine et j'adorais les entendre raconter des
histoires et surtout chanter les chansons notamment de Hnifa, Ait Farida, Bahia
Farah, Slimane Azem, Cheikh El Hasnaoui et d'autres ; c'était merveilleux pour
moi, je m'en lassais jamais. Par la suite, j'ai laissé ma fontaine pour venir
en France. J’étais tellement malheureuse de quitter ma Kabylie. Avec le temps,
je me suis habitué ; j’ai voulu pour être styliste (j’aime ce domaine de la
mode, de la haute couture). Un jour, j’ai eu la chance de connaitre le groupe
Djurdjura par l’intermédiaire d’une amie à elles. C’était un groupe de trois
sœurs ; lorsque l’une d’elles a quitté le groupe, je l’ai remplacée.
Mais mon but c’était de faire une
carrière solo. Quelques mois après, j’ai quitté le groupe et j’ai fait des duos
avec Fahem, Ait Meslayène et Ait Menguellet. Et c’est la chanson « Roba n Chach
» (la robe de soie) qui m’a révélé au public en 1983.
Comment voyez-vous la chanson algérienne et la chanson kabyle en particulier
?
Aldjia : Je la vois plutôt en
baisse par rapport à quelques années. La chanson kabyle a notamment régressé en
comparaison avec les années 1980. Peut-être que je me trompe mais le public n’a
plus la même oreille, la même écoute, la même attention. Les anciens chanteurs
avaient le verbe, la plume et l’âme qui donnaient à la chanson kabyle son
originalité et son authenticité.
Certes, il y a l’évolution, le
modernisme ; il faut avancer avec son temps. Je ne suis pas contre tous ces
jeunes, avec leur style, leur savoir-faire et leur talent. Mais il ne faut pas
oublier les vraies valeurs ancestrales, nos racines, nos coutumes et nos mœurs.
En tout cas, j’y tiens fortement et j’essaie d’apporter ma pierre à cet
édifice.
C’est une vraie bataille ; surtout
pour une femme, d’autant que je n’ai personne derrière moi, que je bataille
seule pour faire mon chemin proprement et dignement.
:
Quels sont vos projets artistiques ?
Aldjia : C'est toujours rester
dans la chanson ; chanter dans ma langue maternelle, apporter ma part,
contribuer et promouvoir ma culture. Cela dit, j'ai un nouvel album de huit
titres, avec des thèmes variés. Ce produit est nouveau d'autant plus que j'ai
travaillé au studio la Muz, à Tizi Ouzou, avec Madjid Halit. Il aura comme titre
"nadh i rebg ik tazid", il sortira vers la mi-juillet. Le mois de juin je
tournerai un clip en Kabylie avec l'une des chansons contenue dans l'album pour
la promotion. J'ai des mariages pour cet été, un projet pour une tournée en
Algérie en aout ou septembre et puis je termine le reste de l'album en clips
pour un DVD. Et je commence déjà à travailler sur le prochain album.
Propos
recueillis, à Paris, par Youcef ZIREM pour Lakoom.info
Le
tuteur de Madame le Ministre -.Témoignage d'une
ame brimée
À travers quelques images de son histoire, nous assistons à
l’humiliation infligée aux femmes depuis vingt ans par le code de la famille,
qui les tient au rang de mineures à vie.
En effet, Lila, une femme
instruite, d’une quarantaine d’années, après un brillant parcours universitaire
et une suite de combats et d’actes militants pour la défense des droits des
femmes, se voie nommée au poste de ministre. Malek est, lui aussi, cadre
important au ministère. Lui et Lila vivent ensemble depuis un moment. Ils
s’aiment, pour ainsi dire.
Surprise ! Une merveilleuse nouvelle pour
Malek, encore plus pour Lila qui croyait ne jamais goûter au bonheur d’être
maman. Sa joie ne tarde pas à fondre sur son corps de femme comme un châtiment.
Lila veut garder son bébé ainsi que son poste mais refuse de se marier pour ne
pas subir l’humiliant agrément d’un tuteur qui autoriserait son mariage et qui
lui rappellerait concrètement son statut d’être mineur à vie.
Mais malgré
ses pouvoirs, Lila devrait pourtant faire un choix et elle n’en a pas plusieurs.
Des parents non plus d’ailleurs. Son père est décédé, et elle n’a pas de frères
ce qui la renvoie vers la recherche d’un proche de sang : son
tuteur !
Elle en a deux. Un elle le connaît. C’est Tahar, actuellement au
Canada, son cousin avec qui elle a partagé les années de l’université. Ils
étaient de bons amis.
Tahar, bien que ravi d’avoir des nouvelles de sa
cousine, refuse de valider avec sa signature ce même code pour lequel, 15 ans
auparavant, ils ont signés tous les deux sur une même feuille son abrogation.
Malgré sa rigueur, la sensibilité de Tahar n’est pas altérée. La situation de sa
cousine le touche profondément et c’est ainsi qu’il lui parle de son frère cadet
qu’il ne lui conseille pas toutefois. Il semblerait d’après les dernières
nouvelles, lui dit-il, qu’il ait bénéficié du statut de repenti.
Va-t-on
jamais comprendre quelque chose à tout cela ? En attendant de comprendre, Lila
exerce son pouvoir de ministre sur le peuple. Et le petit cousin jouit de son
pouvoir de tuteur de madame la ministre.
Par ce film, Djamila Amzal
entend apporter sa modeste contribution à ces luttes qui se mènent afin que
l’absurde cesse de ronger notre société.
17octobre1961.free.fr-
un site-web
contre l'oubli
Site web
de l'association"17 octobre 1961 : contre
l'oubli"dont
le président
est Olivier Le Cour-Grandmaison
Olivier LE COUR-GRANDMAISON
- Crime d'état à Paris
Olivier Le Cour Grandmaison est un universitaire français né
le 19 septembre 1960 à Paris. Historien spécialiste des questions de
citoyenneté sous la Révolution française et des questions qui ont trait à
l'histoire coloniale, il enseigne les sciences politiques à l'université
d'Evry-Val d'Essonne ainsi qu'au Collège international de philosophie. Titulaire
d'une maitrise d'histoire, il poursuit ses études en obtenant un DEA de
sciences politiques et de philosophie. En 1991, il obtient un doctorat de
sciences politiques en soutenant une thèse sur les citoyennetés en Révolution
(1789-1794).
Dans le même temps, il enseigne le droit à l'Université du
Maine (notamment le droit public, constitutionnel et communautaire) ainsi que
la sociologie et la philosophie politique.
Il est responsable du DEUG de droit à l'Université
d'Evry-Val-d'Essonne, avant de devenir membre du Conseil Scientifique de
l'Université et membre du Conseil national des universités
La France persiste à refuser de reconnaître officiellement
ses crimes commis contre les Algériens pendant la période
coloniale.
Intervenant lors d’un débat qu’il a coanimé au Centre culturel
algérien de Paris avec Jean Luc Einaudi, chercheur et auteur de l’ouvrage la
Bataille de Paris, Me Ali Haroun a souligné la difficulté d’avoir un chiffre
exact des victimes de ces manifestations car, a-t-il dit, « de nombreux
Algériens comptent parmi les disparus ». « Une chose est certaine, nous sommes
très loin du bilan annoncé par Papon, à savoir deux morts. En une seule journée,
la police française a procédé à 11 500 arrestations. Même les femmes et les
enfants n’on pas été épargnés puisque près de 1 000 épouses, mères et sœurs ont
été interpellées ainsi que 500 enfants », a ajouté l’orateur. Pour sa part, Jean
Luc Einaudi, qui a effectué des recherches sur ces évènements, a avancé un
nombre de victimes supérieur à 200. Lui aussi a souligné la difficulté d’avoir
un chiffre exact mais, a-t-il dit, « ce fut une véritable boucherie ».
« Officiellement, les registres du service médico-légal ne signalent aucun mort
pour la journée du 17 Octobre 1961.
Les cadavres acheminés vers la morgue étaient tout simplement
jetés dans la Seine à partir des fenêtres du bâtiment abritant la morgue »,
a-t-il dit. L’auteur de la Bataille de Paris a expliqué que la réaction de la
police française était violente. « Même des étrangers qui avaient le type
maghrébin étaient systématiquement interpellés et embarqués. Même un certain
Gabriel Garcia Marquez, qui vivait à Paris, a passé une nuit dans un
commissariat. Cet homme obtiendra le prix Nobel de littérature quelques années
plus tard. Il dira qu’il était fier de s’être senti algérien et d’en avoir subi
le même sort », a rappelé Jean Luc Einaudi. « Il faut une reconnaissance
officielle des crimes commis par la France. L’universitaire et historien
français Olivier Le Cour GrandMaison a estimé hier que la bataille à mener
aujourd’hui est celle de « la reconnaissance officielle des massacres du 17
Octobre 1961 » et de « l’abrogation de la loi scélérate du 23 février 2005 ».
« Ce qui demeure d’actualité, après la bataille pour la connaissance aujourd’hui
remportée pour l’essentiel, c’est la lutte pour la reconnaissance du crime
d’Etat commis les 17 et 18 octobre 1961, car, en dépit d’avancées significatives
au niveau municipal, les plus hautes autorités de l’Etat français se refusent
toujours, et toujours plus à cette reconnaissance officielle », a indiqué
l’universitaire, dans un entretien à l’APS.
Colonisation, le poison de l’Europe
Article
paru dans la revue " POLITIS" en Mars 2005
Dans « Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’État
colonial », un essai vigoureux, à la croisée de plusieurs disciplines
intellectuelles, Olivier Le Cour Grandmaison montre à quel point, dès le début,
la guerre coloniale en Algérie a été exceptionnelle, préfigurant certaines
méthodes utilisées au siècle suivant.
Lorsqu’on referme le livre d’Olivier Le Cour
Grandmaison, on est envahi par une sensation de dégoût et de honte. On plonge en
effet, au fil de ses 370 pages, dans l’horreur et la cruauté d’une violence
quasi-permanente qui accompagne la colonisation de l’Algérie française. La
fameuse « pacification » vocable constamment employé pendant
les 132 ans du « joug français » ne sera jamais qu’un vain mot :
face à la « brutalisation » en cours de la nouvelle « armée
d’Afrique » (pouvant tuer, piller, violer, confisquer biens et maisons à sa
guise), les révoltes ne cessent quasiment jamais, mais sont constamment matées.
La population algérienne a donc le triste privilège de subir l’inauguration de
terribles méthodes, nouvelles à l’époque, qui annoncent celles des guerres et
même des génocides du siècle suivant. Mais Olivier Le Cour Grandmaison ne se
limite pas au récit de faits sanglants. Son objectif, bien plus large, est de
mêler différentes approches afin de présenter ce qui constitue une sorte de
laboratoire, aussi bien des théories racistes que de techniques répressives
employées lors de cette « guerre exceptionnelle », comme les
militaires la qualifient alors eux-mêmes, conscients du fait qu’elle n’est plus
régie par le droit de la guerre en vigueur jusque-là puisqu’ils combattent une
population entière et principalement des civils.
Original, le livre l’est d’abord du point de vue de
sa méthode. En effet, l’auteur ignore les découpages chronologiques habituels
des historiens : il étudie toute la période allant de 1830 à 1962, sans hésiter
à faire de nombreux allers-retours entre la période de la conquête et l’époque
contemporaine, ni à pointer les inquiétantes constances (parfois jusqu’à nos
jours) de certains dispositifs répressifs. Mais l’auteur, qui enseigne la
philosophie et les sciences politiques (et non l’histoire donc), refuse
également les frontières disciplinaires : il choisit, du fait des multiples
objets étudiés, à l’instar de Michel Foucault, une « voie
dédisciplinarisée, rebelle à l’ordre des savoirs récemment institués ». Le
Cour Grandmaison étudie donc des textes d’origines et de statuts divers,
empruntés à l’histoire, au droit, à la politique, à la philosophie ou même à la
littérature.
Si l’on est choqué aujourd’hui par toutes les
descriptions des violences commises par l’armée coloniale et les discours des
contemporains, l’auteur ne produit pas une dénonciation idéologique a posteriori des horreurs du colonialisme. Reprenant les débats
et études de l’époque, il montre que « l’extermination » (qui,
au sens de l’époque, signifie tout un ensemble de façons de tuer, pas seulement
un massacre de masse) était alors un fait accepté et reconnu par tous, aussi
bien par les partisans de la colonisation que ses adversaires, « inévitable » avec le but de fonder une « colonie
de peuplement ». Mais il apporte un démenti cinglant aux tentatives de
dégager d’hypothétiques bénéfices à « l’oeuvre civilisatrice de la
colonisation », qui a pourtant encore aujourd’hui des partisans, tel
Alain-Gérard Slama, qui gomme par exemple dans son ouvrage sur l’Algérie
française les quelque 875 000 Algériens tués pendant les 40 premières années de
présence française. Ce chiffre, déjà admis à l’époque, résulte des méthodes
utilisées par l’armée : en plus de fréquents massacres, elle pratique des « razzias » qui consistent à piller ce qu’on peut prendre et à
détruire tout le reste par le feu (maisons, récoltes, bétail, cultures, etc.).
Famines et déplacements forcés en sont les conséquences et permettent ensuite de
s’emparer aussi des terres. À la différence des pillages qui existaient en marge
des guerres, ces razzias sont planifiées, soigneusement préparées. Si ce type
d’actes ont été plus fréquents entre 1830 et 1872, on les retrouve néanmoins
lors des révoltes qui naissent par la suite. Surtout, ces méthodes seront
appliquées lors des autres conquêtes (Indochine, Nouvelle-Calédonie, Afrique
Noire) puis pendant la politique des « pouvoirs spéciaux »
mise en place par Guy Mollet en 1956, et jusqu’en 1962...
Olivier Le Cour Grandmaison enseigne les sciences politiques et la
philosophie politique à l'Université. Il a notamment publié Les Citoyennetés
en Révolution (1789-1794) (PUF, 1992), Le 17 octobre 1961 : un crime
d'État à Paris (collectif, La Dispute, 2001), et Haine(s). Philosophie et
Politique (PUF, 2002).
Lounis
Aït MENGUELLET- La terre et le chant
Interprète, poète et compositeur, Lounis
Aït Menguellet naquit à Ighil Bouammas, en Haute Kabylie, le 17 janvier 1950. Il
passe son enfance dans son village natal avant de déménager à Alger chez ses
frères Smail et Ahmed. Il fréquente l’école primaire puis le collège du 1er mai
où il reçoit une formation d’ébéniste. Il n’ aime pas les études puisque dit-il
on trouver tout dans les livres. Il commence à chanter en 1967 mais il se
décourage vite et si ce n’est des amitiés solides, il n’aurait jamais pu
continuer. Dans l’émission de la chaîne II, Les Chanteurs de Demain de Chérif
Kheddam, il chante sa première chanson : « Ma trud ula d nek Kter » (Si tu
pleures, moi je pleure encore plus). Kamel Hamadi, parent et ami du chanteur se
chargera du contact avec les éditeurs qui formulent leurs propres exigences et
lui conseillent de reprendre « Ih a Muhand a Madam Servi Latay » de Awid Youcef.
Mais le jeune poète est obsédé par autre chose de plus profond. A partir des
années 1970, il devient le symbole de la revendication identitaire qui s’exprime
de façon éclatante une décennie plus tard. Ait Menguellat reste malgré les aléas
de la conjoncture et de l’ingratitude humaine, le plus populaire des chanteurs
kabyles. Et surtout le plus dense et le plus profond. Parce qu’il a su garder
sans doute un parfait équilibre entre l’inspiration et la technique et qu’il
constitue un moment fort de la chanson kabyle moderne et de la chanson
algérienne contemporaine.
« Qui vous parle de moi, doit nécessairement me connaître mais qui
ne me connaît pas ne peut vous parler de moi. »
Lounis Aït Menguellet est selon, un chanteur-poète ou un poète-chanteur. Mais
avant tout il est l’homme de sa terre, indissociable des éléments naturels qui
l’entourent. Oui Lounis est l’homme de sa terre et c’est l’Oued, l’Olivier et la
Colline qui sont les plus à mêmes de vous le faire connaître car c’est avec ces
éléments qu’il s’entretient du devenir des hommes.
Par moment tel un colporteur, il endosse les habits du chanteur
pou descendre vers la plaine faire entendre aux hommes ce que le poète a écrit.
Vous aussi, venez partager ses mélodie et sa poésie lors de sa
tournée-événement à venir.
Cette année, Lounis Aït Menguellet fête ses quarante ans de
carrière… déjà quarante ans que les mots du poète bercent le cœur de son très
large public à travers le monde.
Laissez-vous emporter dans ses montagnes, là où le regard porte
très loin dans l’âme des Hommes.
.....Soyez les bienvenus sur les terres de Lounis Aït
Menguellet
A l’occasion des 40 ans de carrière de l’artiste
, Concert le vendredi 31 Octobre 2008 à 20H30
Salle
le Firmament - FIRMINY ( 42)
En partenariat avec l’association culturelle berbère
stéphanoise et la ville de Firminy
Billleterie
à l'ACBS et à la Maison de la Culture de Firminy
TARIF
NORMAL: 20 Euros - TARIF REDUIT: 18 Euros
"Ma mère m’a dit", 1er
film franco-kabyle actuellement dans les salles
Ce long métrage raconte l’histoire d’une jeune fille confrontée à un
mariage arrangé par sa propre mère. L’héroïne se trouve obligée de faire des
choix difficiles, mais un drame la précipite sous l’autorité d’une famille en
Kabylie.
Doudouche vit en France, mais sa mère veut la marier à Bélaïd, son
cousin sans papier. Fraîchement arrivé de Kabylie, le jeune homme n’a qu’une
idée en tête se « mariager » pour obtenir des papiers à « Bombigny » (la préfecture de Bobigny). Tourné en France et en
Kabylie; le film de Younes Boudaoud aborde la vie dans l’immigration kabyle, un
sujet inconnu en France. Doudouche est confrontée tour à tour à la perspective
d’un mariage arrangé, puis se retrouve prisonnière d’une famille qui refuse de
la laisser repartir en France. Le scénario utilise l’ humour pour peindre les
rapports entre les Kabyles des deux rives de la Méditerranée.
Le tournage s’est déroulé en quelques mois dans des conditions extrèmes, faute
de moyens. Younes Boudaoud a confié les deux principaux rôles à Lamia Lahiout
(Doudouche) et Lounès Semsoum, plus connu sur Internet sous le nom Lounes
le Kabyle comme auteur d’un blog.
"La Graine et le mulet": chaleureux portrait d'une famille
franco-tunisienne
"La Graine et le Mulet" d'Abdellatif Kechiche, chaleureux portrait d'une famille
franco-tunisienne a été acclamé au
dernier Festival de Venise où il a raflé le Prix spécial du Jury et celui de la
meilleure révélation, décerné à la jeune Hafsia Herzi.
Favori des critiques et du public en septembre à la Mostra, "La Graine et le
mulet" sera à l'affiche de 80 salles en France.
Slimane, un vieil ouvrier immigré des chantiers navals de Sète, est mis à la
porte car il n'est "plus rentable" et "pas assez flexible". "Tu es fatigué et tu
nous fatigues!", lui lance son patron, une humiliante conclusion après des
décennies de loyaux services.
Slimane décide alors d'ouvrir un restaurant de couscous de poisson - la
semoule ou "graine", et le mulet - sur un vieux rafiot rongé par la rouille.Les multiples démarches nécessaires sont bientôt synonymes de frustrations et
d'humiliations larvées, pour cet homme modeste.
Ses vieux copains et surtout ses deux familles - séparé de son épouse, il
fréquente la patronne de l'hôtel de l'Orient où il vit et élève sa fille, la
jeune Rym, qui l'admire - vont se lancer à corps perdu dans l'aventure.
Après avoir évoqué la dureté de l'immigration dans "La faute à Voltaire"
(2000) puis les quartiers populaires des banlieues avec "L'Esquive" (récompensé
de quatre César en 2004), le franco-tunisien Abdellatif Kechiche aborde la crise
de l'emploi dans ce superbe troisième film.
En toile de fond de "La Graine et le mulet": la dureté du chômage qui accable
les plus modestes, les moins diplômés, et les vexations
subies par la communauté
franco-arabe, jamais suffisamment "intégrée" aux yeux de certains.
"J'ai eu le désir de faire un film à partir de ce que j'étais: à travers
cette histoire de famille, de communauté, d'origines, je me suis impliqué
davantage", affirmait à l'AFP Abdellatif Kechiche, en septembre à Venise.
"Je voulais aussi donner une représentation plus juste, plus réaliste, des
Français d'origine arabe de la classe ouvrière, dont les médias et le cinéma
donnent une vision très étriquée", disait-il.
Tissé de longs plans-séquences qui font naître l'émotion tout en ménageant un
formidable suspense, ce film à la fois lucide, chaleureux et souvent teinté
d'humour, ne s'apesantit pas sur la violence sociale qu'il épingle.
Cinéaste humaniste, Abdellatif Kechiche y dépeint avec délicatesse des liens
familiaux complexes et dessine des personnages forts, servis par
d'impressionnants acteurs, pour certains non professionnels.
Avec son jeu sobre et subtil, Habib Boufares insuffle à Slimane un mélange de
lassitude et de dignité inaliénable, tandis que la jeune Hafsia Herzi, qui tient
son premier grand rôle à 20 ans, campe une Rym brûlante et entière.
Après avoir débuté adolescente dans "US Go home" de Claire Denis, Alice Houri
est bouleversante en jeune épouse trahie.
Né à Tunis en 1960, Abdellatif Kechiche a débuté comme acteur de théâtre et
de cinéma, jouant notamment dans "Le Thé à la menthe" d'Abdelkrim Bahloul (1984)
et "Les Innocents" (1987) d'André Téchiné, avant de tourner "La faute à
Voltaire", récompensé par un Lion d'or du meilleur premier film à Venise
Né en Algérie, à Constantine, en 1950, Benjamin
STORA est Professeur des Universités. Il enseigne l'histoire du Maghreb et de la
colonisation française (Indochine-Afrique), co-dirige l'Institut Maghreb-Europe
à Paris VIII-St Denis depuis 1990.
Titulaire de plusieurs Doctorats en Histoire et sociologie dont celui en
Sciences Sociales du Maghreb et du Moyen-Orient contemporains (Ecole des Hautes
Etudes en Sciences Sociales- 1978), il a travaillé sous la direction de MM. René
REMOND, Philippe VIGIER, Charles-Robert AGERON.
Ses thèses recueilleront les plus hautes distinctions universitaires (Mention
Très Bien ou Très Honorable). Elles ont porté sur :
Messali Hadj 1898-1974, (soutenue en 1978)
Sociologie du nationalisme algérien, L'Analyse sociologique par l'approche
biographique, (soutenue en 1984)
Histoire politique de l'immigration algérienne en France 1922-1962,
(Thèse d'Etat, 1991).
En matière d'enseignement, Benjamin STORA a d'abord
été, en 1982, Assistant en Sociologie et Histoire contemporaine à Paris VII
(Jussieu). Maître de conférence en 1986 et Professeur d'Histoire contemporaine à
Paris VIII-Saint-Denis depuis 1993, il a été nommé responsable de la préparation
au CAPES d'histoire-géographie en 1993. Par ailleurs, il participe à
l'encadrement des DEA Maghreb (Paris I, III et VIII) et Tiers Mondes
, Afrique (Paris VII et VIII). Il participe aussi à l'encadrement des
DEA Méditerranée à l'INALCO, où il a aussi été chargé
d'enseignement.
Sur le plan de la Recherche,
Benjamin STORA est Directeur scientifique de l'Institut Maghreb-Europe (
Paris VIII). Il est membre du Laboratoire Tiers Monde- Afrique (CNRS), et
de celui de Sociologie de la Connaissance ( Paris VII). A l'Institut
d'Histoire du Temps Présent (CNRS), il est membre de deux groupes de travail :
Décolonisation de l'Empire français et Histoire et
Psychanalyse.
Il dirige, depuis 1995, le DEA Maghreb, Sciences sociales à St Denis
-Paris VIII.
Benjamin STORA a passé l'année 1996 à Hanoi, détaché à l'Ecole Française
d'Extrème Orient (EFEO) pour une recherche sur les "Imaginaires de guerre,
Algérie-Vietnam"(ed La Découverte 1997). Il a enseigné à l'université de New
York (NYU) , en 1998, l'histoire de la colonisation française. Il se trouve en
détachement à Rabat à l'ex-IRMC, en 1999, pour une recherche sur les
nationalismes marocain et algérien. S'intéressant à la production et diffusions
des images pour l'écriture de l'histoire, il a réalisé trois documentaires pour
la télévision sur la guerre d'Algérie.
MUGAR en concert le 7 Juillet 2007 au Festival des Roches Celtiques (42)
Quand la musique celte rencontre la musique berbère, elles
se donnent rendez-vous à Mugar. Le groupe celto-berbère, composé autour de trois
flûtistes, réussit le pari de marier la cornemuse à la ghaita, le biniou et le
bendir.
L’an dernier, plus de 7 000 personnes ont assisté aux
différents concerts du Festival des Roches Celtiques. Cette année encore,
Rochetaillée propose les 7 et 8 juillet 2007 un programme alléchant et…
entièrement gratuit, ce qui ne gâche rien !
Les concerts se déroulent sur le parking des Echeneaux ainsi
qu’à l’intérieur de l’église. De la musique bretonne (fest noz) à la musique
traditionnelle irlandaise, en passant par la musique celtique métissée, celt
pop, celt rock… Les sept groupes présents durant ces deux jours sont de
sensibilités diverses. Les spectateurs pourront également profiter d’un
marché celtique qui accueillera plusieurs brasseurs de la région et proposera
des dégustations de crêpes, kouign amann et autres spécialitésbretonnes. Ce
marché sera également consacré aux produits bio (lampes de sel, tisanes…), aux
bijoux celtiques et à la déco (sculpteur sur pierre…). Il sera ouvert les deux
après-midi ainsi qu’en soirée. Dimanche soir, un feu d’artifice tiré du
château clôturera le festival.
Dans la lignée d’Idir. Deux univers musicaux, un
lieu de rencontre. Mugar, nom du groupe celto-berbère auteur du disque Kabily-Touseg. Mugar, lieu de rencontre de caravanes dans le
grand sud algérien. Et ce n’est pas un hasard si la page d’ouverture, qui est
aussi la pochette du CD, représente un menhir dans le désert. Une volonté de
fusion artistique. Il était une fois trois flûtistes plutôt doués, Youenn Le
Berre, Michel Sikiotakis et Nasredine Dalil, qui décident de tenter une
expérience musicale le temps d’un concert. C’était en 1996 à Paris. La magie a
opéré. Le groupe, rejoint par plusieurs nouveaux membres dont le groupe de
musique irlandaise Broken String, sort plus tard un album. Succès immédiat. Les
deux univers, celte et berbère, ont trouvé leur Mugar.
"La France des Couleurs" - Nouvel album d'IDIR le 4 juin 2007
Huit ans après « Identités », Idir revient sur le devant de la scène avec un
très attendu nouvel et quatrième album studio, délicieusement baptisé « La
France Des Couleurs » et dont la sortie est fixée au 4 juin sur Columbia.
Quelques mois après la publication de « La France Des Couleurs », le 20 octobre
précisément, Idir participera à un concert multi-artistes au « Zénith » de
Paris. D'origine kabyle, Idir, artiste majeur de la scène world depuis trente
ans, a voulu faire de « La France Des Couleurs », un lieu de rencontres
interculturelles et intergénérationnelles. Dans son nouvel album studio, Idir a
choisi d'aborder les thèmes qui lui sont chers.
Parmi ceux-ci, on compte l'amour, la culture en général
(berbère en particulier), l'exil, l'immigration, le droit à la différence,
l'éducation ou bien même encore la mémoire historique. Et ces thèmes, Idir les
partage avec des artistes de tous horizons : Akhenaton (IAM), Guizmo, Manu et
Daniel de Tryo, Féfé et Leroy (Saïan Supa Crew), Noa, Sinik, Grand Corps Malade,
Zaho, Wallen, Oxmo Puccino ou encore Tiken Jah Fakoly parce que c'est ça la
France. Et « 'La France Des Couleurs', si on lui en donne les moyens, défendra
les Couleurs de la France ». « La France Des Couleurs » donne suite à «
Identités » en 1999, troisième album studio de Idir, un album-hommage.
Le 17 octobre 2005, paraissait un CD/DVD chez BMG Sony Music. Réalisé par
Jean-Paul Miotto, Idir : entre scènes et terres comprend à la
fois un concert live et un portrait documentaire avec notamment les témoignages
de Jean-Jacques Goldman, Maxime Le Forestier et des membres de Zebda. Idir : entre scènes et terres revenait sur la carrière de
l’auteur, compositeur et interprète à succès, alors qu’il fêtait ses trente ans
de scène.
Arrivé à Paris en 1975, Idir sort Avava
Inouva, son premier album, bouscule textes et orchestration et donne un
nouveau souffle à la chanson d’expression kabyle enregistrée jusque-là en
Algérie. Depuis cette époque, l’artiste, qui n’a réalisé que trois autres
albums, continue de déplacer des foules de tous horizons. Derrière leur
apparente simplicité, ses mélodies ont résisté au temps.
Idir et Saïan Supa Crew en studio
Hamid Cheriet
est né en 1949 dans le village d’Aït-Lahcène en Kabylie. S’il taquine la muse de
la musique en composant des chansons, il étudie la géologie et se destine avant
tout à une carrière d’ingénieur. Or c’est lui qui, sous le nom de Idir, va
offrir à l’Algérie et au Maghreb, leur premier tube international. Initulée
"Avava Inouva" (Mon petit papa), sa ballade, composée dans une veine folk sur un
poème de Benmohamed, paraît d’abord en 45 tours en Algérie, puis dans un album
publié en 1976 chez Pathé Marconi. "Avava Inouva" sera ensuite adaptée dans une
dizaine de langues. Mais il faudra attendre 1989, au terme d’un procès marathon
contre son ancien producteur, pour voir Idir enfin libre de réunir une
compilation de dix-sept titres qui sort en 1991. Outre "Avava Inouva",
l’album contient une kyrielle de titres indémodables comme "Isefra", "Ssendu",
"Azguer", "Muqlegh" "Zwit Rwit", "Chfigh", "Azwaw", "Tagrawala", "Achawi",
"L’Mut", "W’ibghun" ou encore "Aghrib". La publication l’année suivante d’un
nouvel opus inspiré, Les Chasseurs de lumières, achève de
consacrer le retour en force du compositeur à succès.
En 1992 toujours,
Khaled qui, sous le titre de "El Harba win ?"(Où fuir ?, 1988), avait
repris en arabe "Zwit rwit", l’un des grands succès de Idir, invite ce dernier à
venir l’interpréter en duo sur la scène de l’Olympia. Les deux hommes se
retrouveront en 1995, au Zénith de Paris, à l’occasion d’un concert géant
baptisé "L’Algérie, la vie", dont ils étaient les initiateurs et qui a rassemblé
plusieurs milliers de personnes, en présence de nombreuses vedettes algériennes
et françaises. Une ovation avait accueilli l’arrivée de Idir sur scène. Il est
vrai que depuis longtemps ses récitals sont toujours un grand moment de fête.
Plus récemment, c’était au tour de Cheb Mami de lui rendre hommage en
reprenant "Azwaw".
En 1999, l’album Identité, qui
revisite le répertoire de Idir, avait permis de réunir dans une même aventure
une pléiade de musiciens et amis comme Manu Chao, Maxime Le Forestier, Dan Ar
Braz, Gilles Servat ou Geoffrey Oryema, mais aussi l’Orchestre National de
Barbès, Gnawa Diffusion, Zebda et feu Brahim Izri. Identité
est couronné d’un "Disque d’Or", en quelques semaines, et de deux concerts de
retrouvailles à l’Olympia avec les musiciens invités sur l’album et Souad Massi
en première partie. Il sera suivi de Deux rives, un rêve
(2002), une compilation avec des inédits dont Pourquoi cette
pluie de Jean-Jacques Goldman, qui évoque les intempéries de novembre 2001 à
Bab el Oued.
Jean DUMAURIER
- lI signe ses écrits "WIN NAT IRATEN
Il signe ses écrits (livres et
articles) avec la dénomination de « WIN NAT IRATEN » pour rappeler
ses origines et attaches kabyles
.
A l’âge de 20 ans qu’il atteint
au cours de ses études au lycée d’Alger, ce fils d’instituteur indigène a été éjecté de sa classe Terminale à 2 semaines du
concours qui mène à l’école ST Cyr avec l’apostrophe suivante :
« Vous n’aviez pas le droit de vous
trouver dans cette filière préparatoire à cette grande école
d’officiers. »
Imaginez si vous le pouvez, la
blessure produite chez un adolescent en
pleine ardeur, dans un moment où la France subissait la plus grande gifle de
son histoire. En effet, un mois après cette déconvenue, la France était abattue,
vaincue et acculée, non seulement à la reconnaissance de sa défaite, mais a
subit l’occupation la plus humiliante
pendant 5 ans.
C’est alors que l’on a vu des Français (soi-disant
patriotes) qui se sont livrés à de basses œuvres et manœuvres tandis que notre
Kabyle entrait dans une résistance française pour rejoindre des unités de
combats qui ont libéré la France.
Avec son cursus militaire qui a
duré 20 ans de campagne de guerre, notre Kabyle a quitté l’uniforme militaire
avec le grade de colonel pour revêtir l’uniforme de sous-préfet, avant de
terminer ses activités professionnelles dans la spécialité d’expert
international pour la formation des cadres.
Ayant ainsi payé sa dette envers
la France qui l’avait instruit, DUMAURIER a entrepris de payer sa dette envers
ses ancêtres, en parcourant les 5 continents pour étudier les vestiges
témoignant de leur vie passée.
Vous allez voir que ce qu’il a
découvert est époustouflant. Ce qui va vous être dévoilé n’st rien d’autre que
l’histoire de notre passé qui nos a été volé pour enrichir l’histoire des
autres.
Il nous appartient de le savoir
et de le faire savoir pour reconquérir notre patrimoine usurpé.
Album "Aman Iman: Water Is Life"
sorti en Février 2007 chez UNIVERSAL
Tinariwen, le groupe touareg qui porte la musique berbère sur la
scène musicale internationale vient de sortir un nouvel opus intitulé « AMAN
IMAN » que nous vous invitons à écouter.
En attendant leur prochaine tournée à Paris prévue pour Avril,
voici un portrait de ce groupe dont vous trouverez une biograpraphie complète
sur www.tinariwen.com
Imaginez une tribu de nobles guerriers du désert, vêtus de
djellabas bigarrées et armés de guitares électriques pour psalmodier un blues
qui n’a rien à envier à celui de B.B. King ou de Ry Cooder. Une musique
hypnotique, lancinante, ponctuée de riffs acérés et de percussions aquatiques,
comme la rencontre des Rolling Stones des débuts avec une chorale de muezzins
survoltés. Après tout, ainsi que l’a toujours affirmé Ali Farka Touré, regretté
griot des douze mesures, le blues est né en Afrique... Et Tinariwen, les hommes
bleus à l’âme blues, le prouvent. Héros de la rébellion touareg du début des
années 90 contre le pouvoir malien (on en a vu monter à l’assaut kalachnikov en
main et guitare en bandoulière) ils demeurent aujourd’hui les hérauts d’une
résistance opiniâtre contre toute forme d’oppression. Leurs chants de révolte,
d’errance et d’amour sont entrés dans la légende locale et ont conquis la
planète. Des stars du rock comme Carlos Santana, Robert Plant, Taj Mahal ou
Elvis Costello ne jurent que par eux, Thom Yorke, leader de Radiohead, a même
avoué s’être inspiré de leur musique pour composer une partie de son album solo,
The Eraser.
Après avoir tourné dans le monde entier, les Tinariwen publient
enfin leur troisième album. Il s’intitule « Aman Iman », l’un des dictons
favoris des Touaregs, fiers nomades sahariens pour qui « l’eau c’est la vie ».
Enregistré en une dizaine de jours à Bamako, sous la houlette du producteur
Justin Adams, le disque est sans conteste le meilleur du groupe. En douze
morceaux tournoyants et voluptueux, on retrouve, intacts, ces éclats de guitare
que ne renieraient point un Keith Richards ou un Jeff Beck, ces mélopées
envoûtantes qui évoquent la douceur d’un coucher de soleil sur le désert, ce
mélange de langueur sensuelle et d’âcre énergie. Bref, tout ce qui faisait
l’essence du blues, puis du rock, restitué ici avec une pureté immaculée. Entre
chants de lutte et d’espoir, poésie insurgée et ballades amoureuses, les
Tinariwen, ces fils des sables et du vent, réinventent une musique originelle,
limpide, une musique des racines, qui parle au corps, au cœur et à l’âme. Et si
c’était eux, le meilleur groupe de rock du monde ?
Nouvel album Ma Yela réalisé par Manu
Chao - Sortie le 3 avril
Le festival des
Découvertes Berbères à Lyon est organisé par
l’association AWAL Grand-Lyon.
C’est une
dynamique de multi-culturalité que l’association AWAL Grand-Lyon inscrit ce
festival "Les Découvertes Berbères" dont l’objectif principal est de faire
connaître et promouvoir la culture berbère comme élément interculturel et comme
expression spécifique pour le grand public.
Ce festival est à sa septième
édition. Il contribue à faire découvrir la culture berbère sous un angle
artistique..... Et l'une des têtes d'affiche de l'édition
2007, le chanteur AKLI D.
Musicien "Moderne
", AKLI D. n'en oublie pas ses origines, demeurant fidèle à
l'enseignement de sa famille, en particulier celui de sa mère qui chantait dans
les fêtes villageoises à la manière des griots.
Auteur accompli,
AKLI D. perpétue la poésie kabyle, bucolique et spirituelle, fondée sur
les métaphores (les montagnes pour désigner la poitrine de la bien-aimée) et les
symboles récurants (l'aigle ou le faucon). Cet onirisme, servi par la voix
chaleureuse D'AKLI D. et sa fluidité d'expression, s'appuie sur des compositions
personnelles riches en savoir rythmique et en textures sonores nourries des
traditions KABYLES. Le contraste entre le côté joyeux, tranquille et festif de
sa musique et la noirceur des textes devient alors passionnant.
Mais AKLI
D. est aussi un grand voyageur, un curieux du monde dont il a su glaner les
richesses musicales. On se trouve alors confronté à de surprenantes mélodies et
variations rythmiques venues de l'ancienne Numidie traversant les peuples celtes
jusqu'aux rives de la Californie. AKLI D. relie les continents, imposant
l'universalité musicale sans jamais tomber dans l'artifice ou la tendance
tout-synthétique actuelle. Rythmes enjoués, ballades douces-amères, mandole,
clari-ney, banjo, guitares, et percussions africaines participent à un style
unique. AKLI D. opte pour une fusion folk-kabyle radicale et spontanée où
palpitent sensualité et passion de la vie. On a déjà entendu AKLI D. sur la
scène hexagonale avec ses deux premières formations "EL JAZZIRA "et "LES REBEUS
DES BOIS ".
AKLI
D. a grandi dans un
petit village de Kabylie (Algérie) au sein duquel football et musique étaient
rois. Issu lui-même d'une famille de musiciens, il gardera toujours au fond de
lui l'influence de sa mère, chanteuse de chants spirituels improvisés à la façon
des griots. C'est par de nombreux aller-retour entre sa maison et la maison des
jeunes à quelques mètres de chez lui que sa formation voit le jour.
AKLI
D. n'a que 12 ans.
Son premier concert aura lieu au lycée. Par la suite, il participera aux
festivals locaux organisés par les Maisons de la Culture. A l'âge de 15 ans, il
remporte avec sa formation le 1er prix du Festival Africain. Il arrive à Paris
(France) où il joue de la musique dans les bars de la communauté berbère. Un
jour d'été, il voit des musiciens jouer sur l'esplanade de Beaubourg. Il
emprunte un banjo pour une chanson et à partir de là, il ne quittera plus les
Places Publiques. De par cette expérience, il apprendra des musiques de tous
horizons (Reggae, Folk, Rock, …) qui viendront métisser ses compositions.
Quelques années
plus tard, il se consacre à l 'Ecole du Cinéma : il suit des cours à la Cité
Universitaire avec Renzo (ex assistant Metteur en scène de Fellini) puis un an
plus tard au Café de la Gare (Centre du Marais), il va suivre pendant quatre
années les cours de Kathleen Leslie issue de l 'Actor's Studio new-yorkais et
élève de Lee Strasberg. En parallèle à sa formation d'acteur, AKLI D. monte un
répertoire de reprises rock et se produit dans les cafés-concerts. Une jeune
américaine l'invite à San Francisco (Etats-Unis). A peine arrivé, il monte une
formation musicale (Fusion Groove). Il enchaînera alors les concerts (Café
International, Université de Stanford, …) durant plusieurs mois. Quelques mois
après son retour en 1994, il part en Irlande pour une expérience musicale "
berbéro-celtique " dont il sortira très enrichi.
De retour à Paris,
il crée son propre groupe Les Rebeuh des Bois. AKLI D. ne s'est jamais soucié de
faire un disque, la musique étant pour lui un art de vivre avant tout, notamment
de par les origines nomades de sa mère. Par hasard, un ami batteur lui parle
d'un producteur (Al SUR Production). Tout va très vite, il réalise une maquette
et son premier album ANEF-AS TRANKIL voit le jour en octobre
1999.